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Thèmes de recherche
Mes recherches s’inscrivent dans le champ de la fiabilité et des compétences, et concernent plus particulièrement la construction collective de la sécurité des soins dans le domaine de la santé. Elles s’articulent autour de trois axes d’étude complémentaires, le premier étant transverse :

Ces recherches sont conduites sur le terrain, et visent à répondre à des demandes sociales.

Axe 1 : L’activité réflexive et le développement des connssances

Toute activité de travail implique une activité fonctionnelle, orientée vers la production immédiate, et une activité méta-fonctionnelle, ou réflexive, qui prend pour objet l'activité elle-même et qui vise à la transformer. L’activité réflexive n’est pas directement orientée vers la production immédiate. Elle permet le développement de savoirs ou d'outils (outils matériels ou outils cognitifs) destinés à une utilisation ultérieure éventuelle, et vise à faciliter l'exécution de la tâche ou à améliorer la performance. Elle prend place en marge du travail (elle se greffe sur le temps de travail, en parallèle à l'activité fonctionnelle ou lors de phases de moindre activité), et trouve sa source dans le travail.

L’enjeu pour l’ergonome est alors de mettre en évidence l’existence des activités réflexives et leurs bénéfices, et non de se centrer uniquement sur la performance immédiate. En effet, les opérateurs ne s’intéresseront à une activité de formalisation des savoirs que si elle apparaît, de leur point de vue, directement utile à l’accomplissement de leur tâche, et non comme une tâche « en plus », aux objectifs peu clairs.
Ma contribution à cet axe de recherche concerne en particulier le développement et la mise en œuvre de méthodes d’assistance à l’activité réflexive, en particulier collective. Ces méthodes consistent à favoriser le débat collectif sur les pratiques, de façon instrumentée ou non. Il peut s’agir, par exemple, de confronter un opérateur (ou un groupe d'opérateurs) à l'enregistrement (audio ou vidéo) de sa propre activité (auto-confrontation) ou de celle de collègues (allo-confrontation). Ces méthodes ont toutes un point commun : la prise de conscience engendrée par le débat collectif.

Le principal intérêt des échanges sur les pratiques est qu’ils servent à la fois une perspective compréhensive et une perspective développementale. La première est principalement orientée vers l’analyse : parce qu’ils encouragent l’explicitation spontanée de ses propres pratiques au regard de celles des autres, les échanges permettent une meilleure compréhension de l’activité. La seconde est, quant à elle, orientée vers le développement : en commentant leur propre activité, en étant confrontés aux pratiques de leurs collègues, ou en devant justifier leur propre pratique auprès d’un ou plusieurs collègues, les opérateurs prennent conscience de différentes façons de faire, acquièrent une meilleure compréhension de leur activité, modifient leurs connaissances, adaptent leurs procédures, en construisent de nouvelles.

L’intérêt d’une telle démarche est l’abandon d’une vision statique des savoirs au profit d’une vision dynamique. Du point de vue de l’organisation, cela suppose de mettre de mettre en place les conditions propices à la création de savoirs. En particulier, il est nécessaire que l’organisation prenne conscience de son potentiel développemental, c’est-à-dire du fait qu’un usage manifeste et réfléchi de ses propres ressources constitue une voie prometteuse d’amélioration continue de la performance.

C’est dans cette perspective que sont conduites les recherches développées dans les axes suivants.

Axe 2 : Le débat collectif et la fiabilité des soins

Dans de nombreux domaines d’activité, les opérateurs sont soumis à des règles plus ou moins contraignantes auxquelles ils doivent se référer pour prendre des décisions. Cette volonté de prescrire l’activité des opérateurs a généralement pour objectif d’assurer la qualité et la fiabilité de la production, que celle-ci concerne un produit ou un service. Cependant, elle se heurte à une limite essentielle : l’incomplétude structurelle des règles, qui se trouve gérée au quotidien par les opérateurs.

Les recherches que je poursuis dans ce cadre conceptuel s’inscrivent dans le domaine particulier de la cancérologie. Dans ce domaine, les médecins disposent de deux outils d’aide à la décision : les référentiels thérapeutiques, issus de la médecine fondée sur les preuves, qui prescrivent les traitements à appliquer en fonction de critères diagnostiques spécifiques, et les Réunions de Concertation Pluridisciplinaires (RCP), qui réunissent des praticiens de différentes spécialités (chirurgiens, oncologues, gynécologues, radiothérapeutes, etc.) afin de discuter des situations qui ne peuvent être traitées par la seule application des référentiels.

L’objet de mes recherches (dont est issu mon travail doctorat) consiste à comprendre le rôle du débat collectif mené en RCP sur le développement de connaissances, à la fois au niveau individuel et collectif, et plus largement sur le développement et le maintien de la fiabilité des décisions de soins.

L’analyse de l’activité menée en RCP montre que le débat collectif mené sur chacun des cas présentés – cas de patients ne pouvant être traités par la seule application des référentiels – permet non seulement de répondre aux objectifs fonctionnels (trouver une solution pour le cas particulier), mais aussi de faire évoluer les savoirs en garantissant la fiabilité des décisions. En effet, la recherche de solutions pour un cas particulier constitue de fait une réflexion sur les référentiels : il s’agit de statuer sur l’applicabilité des règles prescrites, donc de définir leur champ de validité, et de définir le cas échéant les adaptations des actions à mener. Ce faisant, des savoirs s’échangent et se construisent, des solutions se confrontent, l’activité de prise de décision contribuant ainsi au développement de savoirs partagés. L’activité réflexive collective ainsi générée permet à la fois de définir le champ des pratiques acceptables, et de délimiter le champ des adaptations possibles au-delà duquel les pratiques sont jugées inacceptables au regard de la sécurité des patients.

Dans ce contexte, l’intérêt de l’ergonomie est de favoriser de façon permanente la mise en œuvre des adaptations nécessaires des règles et la construction de connaissances partagées. En effet, outre la garantie d’assurer la qualité et la fiabilité des décisions propres à des cas particuliers, assister l’adaptation des règles est un moyen de les faire évoluer, c’est-à-dire d’aller vers une meilleure articulation des processus de conception des règles : processus descendants, à partir des objectifs de l’organisation, et processus ascendants, à partir de l’usage des règles lors du traitement de situations particulières.

Axe 3 : La participation des patients à la sécurité des soins

Cet axe de recherche se situe au croisement de deux grands enjeux de la nouvelle gouvernance en santé : la sécurité des soins et la participation des patients-citoyens aux décisions relatives à leur santé. Il vise à mieux comprendre le rôle que peuvent jouer les patients dans la gestion des risques, à étudier les conditions d’une meilleure implication et à développer des outils permettant une telle implication, à la fois au niveau clinique (auto-contrôle, signalement d’oublis, etc.) et organisationnel (gestion participative des risques, éducation thérapeutique des patients et des professionnels de santé, etc.).

Le soin est une relation de service. Ainsi, les modèles des relations de service qui ont été développés dans d’autres situations de travail (banques, assurance…) peuvent s’appliquer au domaine de la santé. Ces modèles reposent sur une vision participative, où la production du service est vue comme une activité coopérative. Mon travail de doctorat souligne deux conditions essentielles au développement de la participation des patients. D’une part, la participation ne peut être considérée comme un pré-requis stable, mais comme une construction dynamique qui évolue tout au long de la prise en charge thérapeutique. D’autre part, améliorer la participation des patients ne se limite pas à transformer les pratiques des professionnels de santé, mais suppose d’agir aussi sur la relation de service. Ainsi, pour être effectif, un modèle participatif doit tenter de modifier le comportement des professionnels, mais aussi l’aptitude des patients à participer.

La participation peut ainsi être vue comme un moyen de développer une culture de sécurité axée sur la coopération patients/professionnels de santé, d’améliorer la satisfaction des patients, de réduire les coûts associés aux événements indésirables et d’aller vers une gestion plus participative des systèmes de santé.

Je coordonne actuellement une recherche d’un an (2010) sur la question de la participation des patients à la sécurité des soins en radiothérapie à l’Hôpital Européen Georges Pompidou (HEGP), financée par l’Association pour la Recherche contre le Cancer (ARC).

Cette recherche va se poursuivre dans le cadre d’un projet de 3 ans (2010-2013) financé l’Institut National du Cancer (INCA), et intitulé EMPATHY (EMpowering PATtient in Healthcare Safety).

 
 

 

Contact
Vanina MOLLO
41, rue Gay-Lussac
75005 Paris - FRANCE 
Secrét. : (33) 01 44 10 78 07 Fax : (33) 01 44 10 79 34

 
 


 

 

 

 

 

Mise à jour : octobre 2010